De Gibraltar à Madère

- Février 2016 -

Le jour se lève sur le port de Gibraltar. Le ciel est gris. Le temps proche de celui de la Normandie en hiver. Nous avons une boule au ventre. Ce n'est pas celle qui reflète une anxiété ou une peur, non! C'est la manifestation de l'excitation maximale que nous ressentons à cette heure précise de 8h du matin lorsque l'idée de cette traversée entre l'Espagne et Madère nous effleure au réveil. Ça y est, nous partons du continent européen!! Dans une mer agitée par un vent d'Est aidant la sortie du détroit, nous découvrons les joies de la voile. Bernard, Christine et Renaud s'affairent pour que la sortie se fasse au plus vite!  En effet, il est à rappeler que le détroit de Gibraltar est la zone la plus dense en trafic de navires marchands. 15km de large pour que la Méditerranée communique avec le reste du monde, du moins, avec l'Atlantique. Nous passons donc successivement les "rails" de ces grosses barques qui foncent deux à trois fois plus vite que nous. Lorsque nous les croisons, leurs imposantes cuirasses occupent tout le champ de vision. À couper le souffle. Au milieu du détroit, les vagues se creusent, le vent se renforce, d'un côté les dernières terres d'Espagne, de l'autre, les premières du continent africain, Tanger et son port marchand. Le bateau prend de l'allure, à peine quelques heures après le départ du port, l'Espagne s'en est allée et seul le Maroc est visible. Nous longeons ses côtes pendant deux heures. Tout juste le temps nécessaire pour réaliser que la terre, au loin, va disparaître pour presque 5 jours et lorsque la nuit s'installe doucement, nous savons que nous nous réveillerons au large, sans que nos yeux puissent se poser sur quelconques repères.

 

Le premier jour au large nous permet de nous acclimater aux dures lois de la vie en mer. Il est en effet intéressant de mentionner que la grosse houle de la veille avait fait quelques dégâts, notamment à nos deux aventuriers en herbes qui n'ont pas eu le temps de s'amariner. Jessica eu encore quelques petits soucis qui passèrent par dessus bord jusqu'à la mi journée. Andy s'étant chargé la veille de participer aux futurs travaux de peintures extérieurs. C'est plus pratique. Encore à quelques encablures du détroit, plusieurs cargos croisèrent notre chemin. L'occasion de faire des photos de ces monstres des mers.

 

L'apprentissage de la mer et la vie sur un bateau sont passionnants. Réglage des voiles, calcul du meilleur cap à suivre, manœuvres et biensûr, l'apéro! Humour mis à part, une chose étonnante au premier abord et finalement d'une logique implacable, ce sont les rythmes imposés par l'équipage. Dans cette immensité bleue, les repères n'existent plus, les notions de temps et d'espace sont modifiées et les rythmes naturels sont perturbés. Écouter son organisme est une chose également très importante. Les marins disent qu'il faut absolument respecter les 5 F. Ne pas être Fatigué, ne pas avoir la Frousse, ne pas avoir Froid, ni Faim et ni Foif. Ces principes simples peuvent en effet éviter les problèmes habituels du mal de mer.


Tout ceci est d'autan plus vrai la nuit car en plus des pertes de repères concernant le temps et la terre, l'obscurité supprime l'horizon. Le ciel et la mer se confondent. Le bateau avance dans cette incertitude noire où l'œil ne peut même pas distinguer la proue de l'embarcation. L'esprit se souvenant quelque fois du vertigineux précipice de près de 4000m qui nous sépare du fond. Les cargos de 200m de long deviennent de vulgaires points lumineux apparaissant ou disparaissant au gré de la houle et seuls les radars nous permettent d'apprécier réellement si notre route croisera la leur. La nuit sur un bateau peut être oppressante pour quiconque ne se libère pas de ses peurs. Pour partie, il est nécessaire de faire confiance aux instruments, c'est certain, mais il est également nécessaire de se déconnecter de ses repères habituels et le "lâcher prise" est le juste mot ici. La seule chose à faire est de se laisser porter par les flots, maintenir le cap et éviter les gros bateaux s'il y en a. Le quart de nuit est une expérience extra pour apprendre de soi.

Les journées sont plus relaxantes. Les activités de lectures, de peintures ou d'écritures sont privilégiées quand il n'est pas nécessaire de manœuvrer le bateau. On s'imagine souvent qu'un voilier nécessite une permanente attention pour le réglage des voiles, du cap, etc. C'est presque l'inverse. La fière Gavotte, une fois le cap fixé au pilote automatique, la grand voile, le Génois ou le Genneker bordés en fonction de la portance du vent, fixe une allure et danse dans les remous de la mer jusqu'au prochain réglage. La cohésion de l'équipage est bien entendu assurée par les repas que tout le monde aide (normalement) à préparer... mais surtout par les parties de tarot !


Ce sera finalement 5 jours après notre départ que nous toucherons terre sur la petite île de Porto Santo au Nord Est de l'île principale de Madère. Nous y resterons 2 jours pour du repos, une rando et un restau!

 


La traversée vers Madère se fera rapidement, quelques heures à peine. Nous laisserons repartir Renaud et passerons 8 jours à alterner entre mise à jour du site et randonnées avec Bernard et Christine. Les chemins ne manquent pas sur cette île portugaise. Lorsque les Portugais entreprirent de vivre sur l'île, ils y construisirent des systèmes d'irrigation encore actuellement fonctionnels et appelés des "levadas". Ces canaux variants de 10 à 60 cm, serpentent à travers la quasi totalités des montagnes de l'île. Certains parcourant des dizaines de kilomètres pour approvisionner les terrasses des paysans en contrebas. La pente légère rappelle celle des aqueducs romains déjà rencontrés auparavant reliant Vers à Cahors.

 


Les levadas sont donc parfaites pour réaliser de belles randonnées. En effet, certaines, creusées à flanc de falaise, offrent de merveilleux points de vue sur l'île, la mer, les vallées, etc. Elles fleurtent avec des cannes à sucre, des bananiers ou encore des manguiers. D'autres levadas, situées à plus de 1000m, où la fraîcheur, additionnée à l'humidité omniprésente, favorisent l'émergence d'une flore toute autre (forêts de sapins et d'eucalyptus notamment). Le brouillard d'altitude et les nombreux tunnels creusés à mains d'hommes renforçent alors l'impression de randonner à mille lieux de cette île à la végétation quasi tropicale.

 


Funchal, la capitale administrative de l'île a été le lieu de débarquement des Portugais. Elle reste le centre névralgique de l'île pour les habitants et les nombreux voyageurs arrivant dans le port. C'est dans ce port que nous avons tenté d'embarquer sur le Bel Espoir (http://www.belespoir.com/), mais l'équipage était déjà au complet ! Le jardin tropical de Funchal est parmi les plus beaux du monde et regroupe des espèces de chênes vieilles de plus de 400 ans, des arbres fruitiers produisant des fruits comme la "banananas", sorte de fruits parsemés d'écailles vertes octogonales laissant apparaître une chaire dont le goût s'approche des deux fruits suscités (la banane et l'ananas), des orchidées de tous les types et toutes les couleurs et bien sûr, les espèces endémiques de Madère telles que la Giroflée de Madère et la Vipérine.Ces 8 jours sur cette île portugaise nous auront fait découvrir un peu ce peuple, sa culture et ses coutumes. Nous repartirons conquis par l'envie de retourner visiter sa composante continentale dans le futur. Até breve !

 



 


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